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lundi 9 mai 2011

To cross.


"Si toute vie va inévitablement vers sa fin,
nous devons durant la nôtre,
la colorier avec des couleurs d'amour et d'espoir."
Marc Chagall.

    Petite, quand je traversais, je faisais extremement attention à ce que mes pieds ne touchent que les lignes blanches marquées sur la route. J'avoue que les raisons de cet acte m'échappent encore comme beaucoup d'autres choses. Je me souviens tellement bien de chaque moment pendant lesquels je traversais la route ; ma minuscule main emprisonnée dans la grande, fine et douce main de Maman. Elle souriait bêtement en me voyant sautiller pour ne pas poser un seul millimètre de mon pied sur le goudron, et en arrivant au bout de la route, elle me disait en se penchant vers moi, ses lèvres étirées en un sourire ineffaçable et inoubliable : "Je crois que toutes ces aventures méritent bien quelques bonbons". Mais un jour, on se réveille, on a quinze ans, et Maman n'est plus là. Notre petite main a grandi, s'est amincie et est devenue toute douce. Mais elle est seule. Chaque jour, chaque heure, chaque minute, chaque seconde, elle est seule. Seule et délaissée. Oubliée. Oubliée par la main de Maman. Elle est partie un jour, sans rien dire, sans un baiser d'adieux, après avoir crié si fort avec Papa que mes oreilles n'ont jamais oublié un seul mot. Ils repassent en boucle dans ma tête chaque soir quand je ferme les yeux pour essayer de m'endormir. Elle n'est jamais revenue. Elle ne s'est pas perdue en chemin. Non, elle n'est pas allée bien loin. La voiture de notre voisin de l'époque, qui était pressé ce jour-là, n'a pas raté celle de Maman. Trois jours de coma, elle n'est jamais revenue. Papa a hurlé dans le couloir de l'hopitâl. Il a pleuré. Un homme qui pleure, il n'y a rien de pire. Surtout quand c'est notre père. Il m'a pris dans ses bras. Je n'avais rien compris. Quand il s'est calmé, il m'a chuchoté que tout irait bien et j'ai demandé : "Elle est où Maman ?". Il m'a laissée sous la surveillance d'une infirmière et s'est enfoncé dans les profondeurs de l'hopital. Je me suis assise sur une des chaises qui étaient là et j'ai regardé les personnes passer. Je ne me rappelle plus grand chose à partir de ce moment-là, à part une seule chose : j'ai glissé ma main droite dans la poche de mon manteau marron en velours et à l'intérieur, elle s'est agrippée à un paquet de bonbons. Petite, quand je traversais, je faisais extremement attention à ce que mes pieds ne touchent que les lignes blanches marquées sur la route. Et Maman, heureuse, une fois de l'autre côté, me disait, souriante : "Je crois que toutes ces aventures méritent bien quelques bonbons".

samedi 7 mai 2011

Naïve.

  

Pour les Kooks...

    La chambre était l'une de celles dans lesquelles on ne trouvait que le strict nécessaire. Je posai délicatement ma main sur le lit, l'un des seuls meubles de la pièce... La caresse de mes doigts sur le tissu vert fit résonner un doux murmure qui brisa le silence régnant dans la grande maison. Je soupirai et laissai mon corps se poser lâchement sur le parquet sombre. De la poussière s'envola et m'entoura. J'éternuai.
    Dire que quelques heures auparavant, le corps de Naïve s'étalait, nu, sur ce grand lit, ses cheveux de princesse entourant son doux visage clair et souriant, le drap vert épousant ses courbes merveilleuses et ses petits pieds dépassant nonchalemment. Dire que quelques heures plus tôt, Naïve était couchée là, recourbée sur elle-même, heureuse, endormie. Sainte Naïve...
    Mais tout avait disparu. Sa robe blanche ne gisait plus à côté de ses sandales brunes. Sa bague n'était plus sous l'oreiller. Ses sous-vêtements ne se trouvaient même plus sous le lit, où ils avaient été envoyés violemment. Elle était partie.
    Il m'était impossible de me relever. J'ignorais tout : ses goûts, sa personnalité, sa vie sociale, la raison... La raison, c'était tout ce que je voulais. Le pourquoi elle nous avait quittés si precipitamment.
    On vint me chercher. On me demanda si j'allais bien.
    On m'envoya ailleurs. On me parla d'autre chose.
    Mais tout ce que j'avais en tête c'était le visage rayonnant de Naïve. Mais tout ce dont je voulais c'était penser à elle. Tout ce que je voulais, c'était souffrir. Pauvre type. Je n'étais qu'un idiot, un con fini. Elle était partie, rien ne l'aurait fait revenir. Encore moins moi et mes minables moyens.
    Le soir même, je retournai dans la grande maison. J'éclairais la chambre avec une petite lampe à gaz qui trainait dans le couloir. J'effleurais une nouvelle fois le tissu vert. Je repensai une nouvelle fois à Naïve, ma Naïve...
    Mes doigts tournèrent un long moment autour de la tâche rouge se trouvant sur le haut du matelas.
    Le corps de Naïve avait été emporté au petit matin par ma brigade. Le jour précédent, l'appel d'une vieille femme affolée ayant trouvé le corps de sa fille morte dans sa chambre, sous le toit, avait été reçu aux environs de dix heures du matin. Mes collègues et moi, nous arrivions vers onze heures. On était joyeux, plein d'allegresse, et à deux doigts de partir déjeuner dans un restaurant traditionnel où l'on avait nos habitudes. On s'arrêta tout de même chez la vieille dame. On était préparé mentalement à lui annoncer que sa fille était surement une droguée qui s'était mal piquée et que la maladie l'avait emportée durant la nuit. A cent mètres, je reconnus la maison. Mon humeur s'obscurcit.
    Naïve était morte depuis trois jours. Nous étions mardi. Le crime avait eu lieu dans la nuit de samedi à dimanche. Elle avait reçu une balle dans la tête. Un photographe prit des clichés, des scientifiques cherchèrent des traces d'ADN ou d'empreinte digitale, un garçon notait des tonnes de choses sur un carnet, et mes collègues eux, réflechissaient. J'étais sous le choc. La mère nous donna l'identité de la défunte. On ne trouva rien de compromettant sur elle, encore moins une piste. Très peu d'amis, un père décédé, aucun compagnon, pas d'amant. Rien, rien du tout. C'était une jeune fille de vingt et un ans belle, douce, gentille et sans aucun problème. Nous partîmes, sans indice et le moral à zéro.
    Durant tout le reste de la journée, la brigade se mit à travailler durement sur cette enquête. L'une des rares dans cette ville. Surement la plus atroce de toute ma carrière. Le lendemain matin, des personnes embarquèrent enfin le corps. Ils attendirent tous avec impatience le résultat de l'autopsie.
    Les sourires sur les visages de mes collègues étaient mous, tristes, et nostalgiques. C'était atrocement difficile de rester neutre au milieu cette ambiance maussade.
    Je retournais donc dans la maison, à la recherche d'indices que je ne trouverai pas. Je m'asseyais donc sur le sol à réfléchir à un coupable que je ne découvrirai jamais. Et je pleurais, je pleurais en pensant à elle. Je pleurais en me remémorant toutes les images que j'avais d'elle : sa venue vers moi, son rayonnement, mon sourire sadique, nos ébats, le fusil au bout de ma main se posant délicatement sur son front pâle, la fin.

mercredi 1 décembre 2010

Comme s'il n'y avait rien à la télévision un samedi soir.

      
    L
    a musique était forte, beaucoup trop forte. Il y avait énormement de personnes, beaucoup trop de personnes. Comme si les gens étaient comme elle, comme s'ils étaient tous perdus dans ce monde. Comme s'il n'y avait rien à la télévision un samedi soir. Son corps ne bougeait pas, non, ceux des autres le faisaient bouger à sa place. Ses yeux étaient fermés, et elle laissait les mains des inconnus se balader sur sa peau. Elle était presque nue, les quelques morceaux de tissus qui habillaient son corps ne suffisait pas à la proteger. Elle ne voulait plus de cette carapace, elle voulait se laisser partir dans un autre monde, loin très loin de celui dans lequel elle vivait, dans lequel elle souffrait, dans lequel elle allait tôt ou tard mourir. Et pour elle, le plus tôt serait le mieux.
      A quelques mètres de là, lui cherchait quelque chose ou quelqu'un. On devinait dans son regard que s'il ne trouvait pas ce qu'il voulait maintenant, il serait perdu à jamais. Determiné, il passait entre les âmes perdues comme s'il n'avait plus rien à faire de la vie des autres. Il tentait de se raccrocher à la sienne par le seul fil qui restait à sa portée. Un fil qui disparaitrait s'il ne l'attrapait pas rapidement. Ses yeux verts translucides passaient au radar toute l'assemblée de personnes dansantes, buvantes, dans cette ambiance d'enfermement. Il ne semblait pas déceler ce qu'il recherchait, ce qui était caché dans les secrets de ces personnes de la nuit, des solitaires qui essayent tant bien que mal de faire croire qu'ils ne sont pas seuls en trouvant refuge dans le sexe ou dans l'alcool, parfois même dans la drogue... comme si ça allait les aider, pensait-il, à bout de forces.
      Pour elle, la solitude était le meilleur refuge, et elle haïssait de devoir passer du temps avec des gens à qui elle ne pouvait que faire gâcher leur temps. Elle ne méritait ni amitié, ni amour, ni tendresse, ni confiance, elle ne méritait rien des êtres humains heureux, et eux ne méritaient rien d'elle. Elle restait la plupart du temps en retrait, et sans aucuns remords, offrait chaque soir son corps à des hommes perdus et assoiffés de sexe. Il fallait bien qu'elle serve à quelque chose dans cette vie minable qu'on lui avait offerte. On la traina dans les toilettes comme chaque soir, et on lui retira ses quelques vetements. Elle finissait rapidement nue, et gardait les yeux fermés pour éviter de voir le visage de l'homme qui abusait d'elle. Elle voulait nier l'évidence, faire croire encore au monde qu'elle n'était pas une desesperée que tout cela n'était rien de plus qu'un acte de charité. En réalité, cela était sa drogue, son excuse face à l'humanité.
      Aucune rage, aucune deception habillait son visage. Il était impassible. Si ce n'est le sentiment de détermination qu'on décelait très facilement sur son expression. Son regard vert ne laissait passer aucun détail, et au fond de son être, il esperait tellement retrouver sa vie qu'il était certain de la trouver quelque part, dans un coin, ou partout à la fois. Comme si c'était si simple. Sa naïveté était tellement forte qu'elle en était presque la cause de cette étrange détermination. En passant devant les toilettes et poussant au passage violemment une jeune femme longiligne apparemment completement sous l'emprise de la drogue, il crut apercevoir ce qu'il recherchait depuis toujours au loin devant lui, et après coup, il ne pencha même pas pour une hallucination préférant croire à une fuite quelque part dans cette discothèque craignos ou ailleurs. Il fallait continuer encore, chercher toujours et surtout, ne jamais désesperer.
      Elle ne se sentait ni souillée, ni vendue, ni rien quand les hommes lui laissaient de l'argent juste avant de la quitter dans ses toilettes bien trop connues, utilisées. Elle acceptait, et offrait l'argent à un ou une alcoolique qui était au bar. Quand les hommes la poussaient violemment sans faire attention à elle, elle savait que c'était pour la bonne cause. Tous les êtres humains étrangers à elle avaient une raison de vivre. Elle, elle n'avait plus rien sauf elle-même, et encore, elle ne voulait plus de cela. Elle voulait tout perdre, et s'enfuir à jamais. Elle avait terminé ce pourquoi elle était venue encore ici ce soir, et ce pourquoi elle reviendrait encore le lendemain et décida de sortir de cet endroit qu'elle haïssait le plus comme les drogués qui haïssent leurs drogues respectives tout en sachant qu'il leur est impossible de s'en débarrasser.
      L'endroit était vide. Pas réellement, mais pour lui, cette discothèque n'avait plus rien à lui offrir, et n'avait jamais rien eu réellement à lui donner. Il fallait qu'il attrape le fil et rapidement. Sinon, sa vie se terminerait trop tôt, beaucoup trop tôt. Personne ne méritait de ne pas vivre sa vie à fond, personne, et surtout pas lui. Et ce n'était pas là une question d'orgueil. En passant entre les corps sans vie et entre les visages de ces personnes dont il ne voulait jamais avoir à se souvenir, la détermination commençait déjà à se fissurer. Mais ce n'était pas terminé, jamais.
      Ils arrivèrent à sortir tous deux au même instant par des portes voisines, et furent surpris de cette coïncidence. Ils se regardèrent et les yeux noirs de la jeune femme croisèrent les yeux verts du jeune homme. Elle qui voulait mourir, et lui qui voulait vivre. Elle qui ne croyait plus en rien, et lui qui voulait croire en tout. La vie les quittant tous les deux, que ce soit contre ou avec leur gré. Une rencontre, un regard. Quelle stupidité.
      Nouvelle écrite le 18 mars 2010.

    dimanche 21 novembre 2010

    Bienvenue. Welcome. Bienvenido. Willkommen. Benvenuti. Bem-vindo. Добро пожаловать.



    « Les larmes du passé fécondent l'avenir. »
    Alfred de Musset.

    Je ne sais que dire pour débuter ce qui sera durant quelques temps un petit bout de moi : le recueil de mes écrits. Je vous invite à découvrir mon monde, mes textes, cette partie de moi. Oui, je vous invite, comme ça, là, à lire... Je ne sais qu'ajouter. Je crois que ce sera tout.
    Les mots me manquent.
    (Oui, ceci est bizarre.)