- A quelques mètres de là, lui cherchait quelque chose ou quelqu'un. On devinait dans son regard que s'il ne trouvait pas ce qu'il voulait maintenant, il serait perdu à jamais. Determiné, il passait entre les âmes perdues comme s'il n'avait plus rien à faire de la vie des autres. Il tentait de se raccrocher à la sienne par le seul fil qui restait à sa portée. Un fil qui disparaitrait s'il ne l'attrapait pas rapidement. Ses yeux verts translucides passaient au radar toute l'assemblée de personnes dansantes, buvantes, dans cette ambiance d'enfermement. Il ne semblait pas déceler ce qu'il recherchait, ce qui était caché dans les secrets de ces personnes de la nuit, des solitaires qui essayent tant bien que mal de faire croire qu'ils ne sont pas seuls en trouvant refuge dans le sexe ou dans l'alcool, parfois même dans la drogue... comme si ça allait les aider, pensait-il, à bout de forces.
- Pour elle, la solitude était le meilleur refuge, et elle haïssait de devoir passer du temps avec des gens à qui elle ne pouvait que faire gâcher leur temps. Elle ne méritait ni amitié, ni amour, ni tendresse, ni confiance, elle ne méritait rien des êtres humains heureux, et eux ne méritaient rien d'elle. Elle restait la plupart du temps en retrait, et sans aucuns remords, offrait chaque soir son corps à des hommes perdus et assoiffés de sexe. Il fallait bien qu'elle serve à quelque chose dans cette vie minable qu'on lui avait offerte. On la traina dans les toilettes comme chaque soir, et on lui retira ses quelques vetements. Elle finissait rapidement nue, et gardait les yeux fermés pour éviter de voir le visage de l'homme qui abusait d'elle. Elle voulait nier l'évidence, faire croire encore au monde qu'elle n'était pas une desesperée que tout cela n'était rien de plus qu'un acte de charité. En réalité, cela était sa drogue, son excuse face à l'humanité.
- Aucune rage, aucune deception habillait son visage. Il était impassible. Si ce n'est le sentiment de détermination qu'on décelait très facilement sur son expression. Son regard vert ne laissait passer aucun détail, et au fond de son être, il esperait tellement retrouver sa vie qu'il était certain de la trouver quelque part, dans un coin, ou partout à la fois. Comme si c'était si simple. Sa naïveté était tellement forte qu'elle en était presque la cause de cette étrange détermination. En passant devant les toilettes et poussant au passage violemment une jeune femme longiligne apparemment completement sous l'emprise de la drogue, il crut apercevoir ce qu'il recherchait depuis toujours au loin devant lui, et après coup, il ne pencha même pas pour une hallucination préférant croire à une fuite quelque part dans cette discothèque craignos ou ailleurs. Il fallait continuer encore, chercher toujours et surtout, ne jamais désesperer.
- Elle ne se sentait ni souillée, ni vendue, ni rien quand les hommes lui laissaient de l'argent juste avant de la quitter dans ses toilettes bien trop connues, utilisées. Elle acceptait, et offrait l'argent à un ou une alcoolique qui était au bar. Quand les hommes la poussaient violemment sans faire attention à elle, elle savait que c'était pour la bonne cause. Tous les êtres humains étrangers à elle avaient une raison de vivre. Elle, elle n'avait plus rien sauf elle-même, et encore, elle ne voulait plus de cela. Elle voulait tout perdre, et s'enfuir à jamais. Elle avait terminé ce pourquoi elle était venue encore ici ce soir, et ce pourquoi elle reviendrait encore le lendemain et décida de sortir de cet endroit qu'elle haïssait le plus comme les drogués qui haïssent leurs drogues respectives tout en sachant qu'il leur est impossible de s'en débarrasser.
- L'endroit était vide. Pas réellement, mais pour lui, cette discothèque n'avait plus rien à lui offrir, et n'avait jamais rien eu réellement à lui donner. Il fallait qu'il attrape le fil et rapidement. Sinon, sa vie se terminerait trop tôt, beaucoup trop tôt. Personne ne méritait de ne pas vivre sa vie à fond, personne, et surtout pas lui. Et ce n'était pas là une question d'orgueil. En passant entre les corps sans vie et entre les visages de ces personnes dont il ne voulait jamais avoir à se souvenir, la détermination commençait déjà à se fissurer. Mais ce n'était pas terminé, jamais.
- Ils arrivèrent à sortir tous deux au même instant par des portes voisines, et furent surpris de cette coïncidence. Ils se regardèrent et les yeux noirs de la jeune femme croisèrent les yeux verts du jeune homme. Elle qui voulait mourir, et lui qui voulait vivre. Elle qui ne croyait plus en rien, et lui qui voulait croire en tout. La vie les quittant tous les deux, que ce soit contre ou avec leur gré. Une rencontre, un regard. Quelle stupidité.
Nouvelle écrite le 18 mars 2010.



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